Croisière sur Laphroaig, un OVNI* sur la mer

 

Des bords de Marne, nous partons pour une vraie croisière organisée amicalement par Philippe Robin, un des moniteurs bénévoles du Naviclub.

Nous devrions avec Envol Loisirs organiser une croisière avec ses adhérents mais nous ne nous sommes pas encore lancés, en partie par méconnaissance du milieu.

A son bord, Alain et Dominique les marins confirmés avec Philippe. Camille, Gérard et moi, les passagers.

Camille est « la » passagère d'exception. Camille, 19 ans, est autiste. Camille aime les virées en mer et sa mère, moi, victime d'un mal de mer récurent, suit, rassurée par l'assurance d'un amarinage promis.

La rencontre se fait à la Trinité sous une pluie battante. Camille a tout de suite adopté ses co-équipiers en les gratifiant d'une accolade. Elle ne parle pas. Elle observe et rapproche ses yeux des yeux des autres. Elle jette sa tête en arrière et rit. Nous découvrons le bateau. Camille s'agite, se balance d'un pied sur l'autre et me regarde anxieuse en triturant ses cheveux : - « Je veux plus ».

Mince alors ! Va falloir être convaincants. Je monte sur le bateau en touchant à tout et en proposant à Camille de toucher la coque, les cordages, les aubans. Puis avec l'aide de tous, Camille réussit à surmonter sa peur de franchir les quelques centimètres qui séparent le bateau du quai. Gagné !

Nuit et repas à bord. Promiscuité : attention danger ou pas ? Camille prend ses repères. Je lui ai montré où elle allait dormir. Elle est détendue. Tous ces messieurs attentifs à Camille sans trop en faire et sans rien me demander. Touchée. Encore gagné. Le lendemain, nous larguons les amarres pour une croisière de 4 jours pour Houedick, Houat, Belle Ile, Port Hallighen. Affaler, lofer, border, abattre, retirer un riz, tirer sur une drisse, naviguer au près ou grand largue, tenir le cap à 220, par vent de force 3 à 5, j'ai perdu le langage et mes repères, je ne comprends pas grand chose. Camille observera toutes les manœuvres au milieu de tous, à l'aise la plupart du temps, de la cabine à l'extérieur. Nous croiserons des dieux de la mer sur des bateaux en compétition sur « le Vent des Globes » et autres croisière de renom. Nous pêcherons des maquereaux... finalement.

Une frustration un matin au petit déjeuner où Camille mettra plusieurs heures à récupérer ? Même pas peur : les co-équipiers ne semblent ni importunés, ni inquiets ou en tout cas ils ne le montrent pas. Peut-être que la mer apprend à s'adapter aux éléments mouvants que l'on utilise plutôt que de lutter contre, et que la labilité d'humeur de Camille passe sur eux comme un « rien ». En tout cas, nous nous sentons acceptées.

Ce fut un super moment pour nous. Moi j'ai découvert un nouveau point de vue pour découvrir la Terre, la mer. Je ne sais pas dire ce que Camille a ressenti exactement car elle ne sait pas l'exprimer mais je crois qu'elle est prête à repartir.

 

*un OVNI est un modèle de bateau. Le notre : un 365.